Le tangue, petit mammifère originaire de Madagascar et introduit à la Réunion à la fin du XVIIIe siècle, occupe une place singulière dans le patrimoine immatériel de l'île. Bien plus qu'un simple gibier, sa chasse et sa consommation constituent un marqueur culturel fort, rythmé par un calendrier réglementaire strict et des savoir-faire culinaires transmis de génération en génération.
Le tangue est souvent confondu avec le hérisson européen en raison de ses piquants, bien qu'il appartienne à la famille des Tenrecidés. Son cycle de vie impose le rythme de sa consommation. Durant l'hiver austral, l'animal entre en léthargie, une période appelée localement "l'engourdissement". Il se retire alors dans des terriers profonds, ce qui marque la fermeture de sa chasse.
Sa présence dans les hauts de l'île, de la forêt de Bébour aux contreforts du Piton de la Fournaise, en fait un élément indissociable de la biodiversité réunionnaise, géré avec vigilance par le Parc National et l'ONF.
Pour cette année 2026, la saison est encadrée par des dates précises, du 15 février au 15 avril. L'ouverture de la chasse est un événement attendu par de nombreux passionnés. Cette pratique se fait traditionnellement à l'aide de chiens spécialisés, capables de repérer l'animal à l'odeur. Au-delà de la capture, c'est une expérience de communion avec la nature et un moment de partage entre chasseurs, souvent conclu par la préparation du gibier.
La préparation du carry tangue est une épreuve de patience qui distingue les gardiens de la tradition. La viande possède un goût musqué très prononcé qui nécessite une préparation méticuleuse.
Les étapes de la recette traditionnelle :
Le traitement de la viande : Le tangue est brûlé pour ôter les piquants, puis découpé et dégorgé dans de l'eau vinaigrée pour atténuer son parfum sauvage.
Le roussissage : Dans une marmite en fonte, les morceaux doivent colorer longuement jusqu'à devenir bien dorés.
L'assaisonnement : On y ajoute les oignons, puis le mélange pilé (ail, sel, poivre, gingembre, piment) et enfin le curcuma.
La cuisson : Après avoir ajouté les tomates et un peu d'eau, le carry mijote à feu doux pendant environ 1h30 à 2h. La sauce doit être courte et onctueuse.
Ce plat emblématique des tablées dominicales incarne une facette de l'identité réunionnaise où l'âpreté du terroir rencontre la finesse des épices.
L'authenticité d'un repas de partage au cœur du terroir réunionnais.
Crédit photo : Clémenceau Lauret
L'élégance naturelle d'un déjeuner traditionnel à la réunionnaise.
Crédit photo : Clémenceau Lauret
La générosité d'une table réunionnaise autour du traditionnel carry tangue.
Crédit photo : Clémenceau Lauret